| Les
5ème Rendez-vous de l'histoire de Blois |
| 18-19
et 20octobre2002 |
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Une
fois encore, les rendez-vous de lhistoire ont su interpeller
lactualité avec le thème de létranger.
Les débats, riches et passionnants, ont brassé thématiques,
chronologies et sciences sociales. |
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Impossible
de rendre compte de tout. Aussi le choix a été fait
de retranscrire la teneur des débats sous langle du
pédagogue. Quel parti tirer des connaissances apportées
dans notre enseignement ? |
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La
thématique choisie « létranger »
est déjà intéressante. Plutôt que de
parler de limmigré avec ses risques possibles de
stigmatisation et/ou de moralisation, peut-on parler de «
létranger » détournement dans le temps
ou lespace, nécessaire pour réfléchir
sur notre espace vécu? |
| 4
parcours vous sont proposés dans ce compte-rendu : |
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I-
Lartiste étranger est-il étranger comme les
autres ?
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Le
débat a permis de mettre en lumière deux entrées
pour notre enseignement. Dune part, il montre que des artistes
étrangers ont marqué de leur empreinte lhistoire
de lart au XXème siècle. Dautre part,
il permet à travers des personnages illustres dentamer
une réflexion, réfléchir sur la place de létranger.
Qui sont-ils ? doù viennent-ils ? (de 1900 à
1945) |
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Picasso
arrive en 1909, Modigliani en 1907, Soutine en 1913, Chagall en
1909 : en poursuivant létude, on peut faire réaliser
aux élèves une cartographie de la provenance des artistes
étrangers. |
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On
peut également cartographier les lieux : les ateliers à
Montparnasse, les cafés avec le Dôme pour les allemands
et les américains, la Rotonde pour lEurope centrale,
le Petit Napolitain pour les italiens. Lattrait du sud peut
être relevé : Matisse sinstalle à Nice
en 1917, Picasso à Antibes en 1919. Ce
travail permettra de montrer la diversité des origines
géographiques, lattrait que représente la
France et le prestige de Paris. Cette géographie reflète
la géographie de limmigration générale. |
| Laccueil
des artistes étrangers et ses limites |
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Une
chronologie permet de montrer lattitude fluctuante vis-à-vis
de ces artistes étrangers.
De 1900 à 1920 : ils bénéficient dun
certain prestige.
De 1920 à 1930 : une série darticles contre
les artistes étrangers qui viennent »manger le pain
des artistes français ». Au salon des indépendants,
on ne classe plus par alphabet mais par nationalité.
1930 : mise à lécart de tout ce qui est étranger.
Chagall, Mata, M. Ernst. Il y a peu admirés, deviennent
interdits dexposition.
La libération : les artistes étrangers reviennent
à Paris qui garde un prestige international. Il existe
des limites. Ex : on demande un courrier de motivation pour lentrée
à lEcole Nationale des Beaux-Arts. Les architectes
étrangers, jusquen 1970, ont de grandes difficultés
à trouver des commandes alors quil y a beaucoup de
travail.
Là encore, cette chronologie permet une comparaison aisée
avec la situation globale de létranger en France.
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| Attitude
des artistes étrangers : leur vision de la France |
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Au
début du siècle, viennent chercher une liberté
de murs. (létude de modèles nus est interdit
aux Etats Unis)
sont souvent polyglottes
souhaitent devenir français
beaucoup viennent chercher Certains
développent leur uvre nationale à Paris. Ex
: Alphonse Munch a fait une uvre nationale (grande fresque
sur la naissance de Sarajevo) sur lépopée
slave lors de lExposition Universelle de 1900.
Dautres se sentent incompris. Axel Galen quitte Paris car
les critiques français ne comprennent pas son travail sur
la mythologie nordique, réduit à un exotisme facile.
Après la guerre, quelques artistes viennent, chassés
de leur pays. Les architectes Duchateau (Pologne) et Candemés
(Grèce) dont partie de cette catégorie.
Paris occupe encore une place intellectuelle centrale.
Mais les artistes viennent à Paris sans vouloir participer
à la vie française. Ex : dans les biennales, des
artistes exposent pour leur pays en travaillant en France. Les
artistes gardent de plus en plus leur langue originale.
Ces différentes approches permettent une réflexion
sur la notion dintégration.
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| Une
école française ? ou quelle est la part qui revient
à la France dans la production dartistes étrangers
?
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Possibilité
de réfléchir sur la notion dart français.
Ex : le projet Beaubourg gagné par Piano (Ital) et Rodgers
(GB)
Les grandes agences darchitectes en France peuvent être
italiennes (Piano) ou anglaises (Peter Heis).
Soutine a vendu ses toiles aux Etats Unis sous létiquette
école française, etc
Ces exemples permettraient
de questionner lélève sur la notion didentité
française.
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| Des
parcours symptomatiques
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Une
entrée possible sur la complexité dêtre
étranger peut être effectuée avec des biographies
croisées. Un
exemple : Soutine
Lithuanien. Les critiques sont très dures : « peinture
divrogne », « aux antipodes du bon goût
français ». En 1923 le collectionneur Sborovski lui
achète 52 tableaux que le lecteur Barnes lui prend. Cet
achat entraîne une protestation des critiques dart
français car il existe une crainte que le marché
des artistes français se rétrécisse. Aux
Etats Unis, Soutine vendra avec létiquette «
école française ».
Un exemple
: Brancusi
Né en Olténie (Roumanie). La reine de Roumanie,
femme de lettres, lui obtient lentrée à lécole
des Beaux-Arts. Brancusi a trois rattachements identitaires :
lécole de Paris, lavant-garde européenne,
mais aussi un amour très fort pour sa patrie. Pour survivre,
a fait des petits boulots pour léglise orthodoxe.
En 1951, lAcadémie Roumaine bafoue son uvre
qualifiée de bourgeoise et décadente. Obtient la
nationalité française en 1952.
Un exemple
: Fujita
Arrive en France en 1913. Au Japon, on critique son art car il
travaille à lhuile.
Il obtient un succès brusque entre 1919 et 1925 en France
alors quil passe par un retour à des formes de tradition
japonaise. En 1945, travaille pour les Américains dans
la collecte des tableaux de guerre. En 1949, sexile en France.
Un exemple
: le Corbusier
Né
à Chaux de Fond en en 1887. Sinstalle en France à
30 ans. Obtient une reconnaissance internationale sur un succès
médiatique : son échec pour le concours du bâtiment
JDN en 1926. Il bénéficie dun prestige considérable
en Amérique latine car on le considère comme le
symbole de la modernité française.
Un exemple
: Picasso
Lidentité de lécole française
sest construite autour de Picasso qui est espagnol. Des
parcours diversifiés qui montrent tous la complexité
du statu détranger en général.
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| Conclusion
:
Ces quatre pistes de travail permettent une mise à distance
intéressante pour aborder le thème de limmigration.
Il peut à la fois enrichir la culture de lélève
et le questionner sur des problèmes aigus de létranger.
À LIRE :
Françoise
Bertrand Dorleac, lart de la défaite, Seui,l 1993
Mickael Lucken, lart du Japon au XX ème siècle,
Hermann, 2002, Pensées, formes, résistances.
Sophie Krebs, lécole de Paris, latelier Cosmopolite
(1904-1929), Gallimard, 2000
Il existe dautres situations périphériques
permettant détudier létranger avec les
élèves.
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II-
ET SI ON REGARDAIT LES VIEUX MANUELS ? |
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La
conférence débat de linspection générale
intitulée « limage de létranger
dans lenseignement de lhistoire et de la géographie
» (avec L. Wirth et J. Scheiblin) riches de surprises, peut
être le départ dune situation pédagogique
: quelle s images donnent les manuels de létranger
? Comment létranger apparaît-il dans les programmes
? »
Une démarche,
qui peut être faite en module, qui permet de donner aux
élèves un esprit critique.
on peut en récupérer chez soi ou dans sa famille,
au CROP, au CDI !
que peut-on faire avec ?
Montrer trois
grandes phases de lhistoire géographie à propos
de létranger |
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1ère
phase : le temps du racisme
Quelques documents iconographiques et textuels montrent rapidement
que la géographie scolaire contribue à la xénophobie
et au racisme jusquen 1968.
Pour la géographie, on notera lutilisation récurrente
du mot race.
Les photos légendées peuvent être éloquentes
! ex : race de Furfoz dans les maraîchers dAnvers
(sic !), ou une autre page qui met en rapport le visage dun
auvergnat avec le paysage du Massif central.
Lhistoire nutilise pas le mot de racisme. Mais faites
légender cette photo dune famille chinoise du Lavisse
de 1954 par les élèves. Ils nécriront
sûrement pas type chinois. Pour les repérages textuels,
observer que les colonisés sappellent indigènes,
le terme étranger convenant à lallemand ou
langlais. |
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2ème
temps : le temps des programmes Braudel
pour la première fois, les civilisations sont considérées
pour elles-mêmes. Les photographies montrent non pas des types,
mais des visions ethnologiques ? la notion de sous développement
apparaît. Létranger change également :
ce sont les américains et les soviétiques. |
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3ème
temps : le moment présent
quelques observations peuvent être faites. Limmigration
est traitée en termes statistiques, on ne parle de limmigré
quen banlieue. Des notions restent floues : limmigré
est-il toujours étranger ? que veut réellement dire
la France creuset ?
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| III-
ET
SI ON PARLAIT DES FRANÇAIS A LETRANGER ?
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Lunion
des français à létranger permet de fournir
des chiffres intéressant (déléguée général
: Hélène Charregiat). Quelques
chiffres : 2 millions de français à létranger,
1 million dimmatriculés.
LEurope de lEst en expansion, avec un boom sur la
Pologne (+ 30% en 5 ans).
LAmérique stagne, et les Etats Unis sont une destination
en baisse.
LAfrique représente 15% des français à
létranger.
45% des français à létranger sont des
bi nationaux et 30%sont des implantés.
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Une
surprise : il y avait moins de français en Afrique à
lépoque coloniale ? A la veille de 1914, 100 000 français
seulement en AOF (en Indochine 30 000, Madagascar 25 000). Pourquoi
pense-t-on quils étaient moins nombreux ? Brassage
qui fait que tout le monde a pu avoir un oncle ou quelquun
de sa famille qui est allé aux colonies.
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Un
autre type de français à létranger dans
lhistoire : les émigrés de la Révolution
française.
Il sont 150 000 à avoir quitté la France. On peut
observer leur flux. Dabord vers les pays frontaliers, puis
repoussés vers la Russie, les Etats Unis. On peut les voir
déchoir et être obligés de travailler : ils
sont précepteurs, fabricateurs de fleurs, marchands de vins,
peintres en bâtiment. Ils narrivent pas à entretenir
de relation avec la communauté française des huguenots
venus il y a un siècle parce quils parlent mieux le
français que lancienne souche qui est acculturée
(voir les travaux de K. Rance : limmigration de la Révolution
Française) Chiffres
et propos glanés lors de lémission «
appel dair » de France culture diffusée en
direct à Blois.
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IV-
ET SI ON PARLAIT DE LA NATIONALITE ? |
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Depuis
1980, la question nationale est redevenue un enjeu majeur. La recherche
scientifique provoque un profond renouvellement des analyses et
des problématiques de deux manières.
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La
question de la nationalité naît au XIX. Certains travaux
montrent malgré tour une émergence de la question
nationale au XVIII, voir Dubost J. François et Salhins Peter
et si on faisait payer les étrangers ? Louis XIV, les émigrés
et quelques autres, Flammarion 1999.
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Il
est arbitraire de faire une distinction entre une France où
sexerce le droit du sol et une Allemagne le droit du sang.
La France a alterné « droit du sang et droit du sol
suivant les circonstances exigées voir Patrick Weil »
« Quest-ce quun français ? » «
Histoire de la nationalité française de la Révolution
à nos jours » Grasset 2002 ou Noiriel Gérard
Etat, nation et immigration vers une histoire du pouvoir, Belin
2002.
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Voir
également une remarquable étude de H. Asséo
sur les tziganes en France. Coll. Découverte Gallimard, montrant,
à travers lhistoire de ce peuple, les problèmes
politiques fondamentaux soulevés par la requalification de
la citoyenneté en France actuellement.
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Le
thème retenu par JF Sirinelli, pour qui limage de létranger
est au cur des représentations collectives, connaissant
un bouleversement sans précédant, dans les années
60, est dans les programmes ; cest pourquoi son intervention
mérite dêtre résumée.
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V-
Etranger et culture de masse : lexemple des années
60
Par JF Sirinelli, professeur à lIEP de Paris, Directeur
du centre dhistoire de lEurope du XXème siècle.
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La
configuration historique change. Il
y a la fin dun trend belliqueux(1870-1962) où la
guerre était constamment présente dans le paysage.
On a encore dans la tête lidée de mourir pour
la patrie. Létranger est un allié ou un ennemi
et véhicule des stéréotypes (ex : le lancier
prussien). Après 1962, cest létranger
idéologique qui apparaît (le communiste, limpérialiste).
Il y a la
fin des colonies. Le personnage dexposition coloniale sefface
au profit dun personnage avec qui on compatit. Cest
le tiers monde qui fait surface.
Il y a le
mouvement de construction européenne.
Avant 1914,
lEurope est cosmopolite, fracturée par la guerre.
Lentre deux guerres accentue la brisure avec la montée
des idéologies. Les années 60, cest laxe
franco - allemand qui se développe, les voyages linguistiques
qui croissent avec lenseignement secondaire de masse. La
jeunesse commence à découvrir lEurope en auto-stop.
Les hommes
changent.
Cest
la génération de laprès-guerre, du
baby-boom. Cest la génération qui connaît
la paix. Cette génération, du point de vue des représentions
collectives, est ambivalente, vis-à-vis de létranger.
il existe un déclin du patriotisme en même temps
quun regain dinternationalisme avec un monde binaire
: impérialisme, tiers monde. Létranger est
à vaincre, mais du point de vue idéologique. Le
Viêt-nam reste emblématique de cet étranger
nouveau. On fait des guerres par procuration, avec des personnalités
étrangères positives : Che Guevara, Ho Chi Minh.
Limage
est donc souvent réversible. Les américains sont
à la fois des impérialistes et des « cultureux
bouillonnants » (B. Dylan, etc
)
La vison du
monde change.
Les représentations
collectives se dilatent à léchelle mondiale
(P. Valéry : un monde fini et un monde de connexion) grâce,
en particulier à la radio. En 1930, 500 000 français
possédaient la radio. En 1938, 5 millions en disposaient.
Les conséquences sont multiples. Létranger
est dans le poste. Il est possible de vivre les émotions,
les malheurs de létranger (ex : la guerre du Viet-Nam).
Les représentations
collectives changent.
Cette génération
qui baigne dans ces trois changements a dautres représentations.
Cest le temps des stéréotypes sur la petite
anglaise, la suédoise. Les étudiants connaissent
lhomme des bidonvilles en allant à lUniversité
de Nanterre. Un exemple significatif : lexpression «
anarchiste allemand » véhiculée par G. Marchais
pour désigner D. Cohn-Bendit tombe à plat. La jeune
génération répond « nous sommes tous
des juifs allemands ».
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